Le chemin vers l’écriture
" La littérature, comme toutes les formes d'art, est la preuve que la vie ne suffit pas..."
– PESSOA F., Le livre de l’intranquillité,
Paris, Christian Bourgois, 1999, p.68
C’est peut-être justement l’aspect « conventionnel » des choses qui m’a d’abord poussée à écrire. Ajouter de la vie à la vie, sublimer le quotidien, créer un monde parallèle libre des contraintes matérielles, mais aussi découvrir en soi des potentialités insoupçonnées, capter sa propre intériorité… et partager avec d’autres ce que les simples conversations ne peuvent exprimer.
Écrire est aussi venu combler la nostalgie d’un passé idéalisé, embelli par l’existence d’êtres chers désormais disparus. Ce que confirme Boris Cyrulnik :« Après un deuil, pour ne pas souffrir de l’angoisse du néant et de l’immobilité du temps qui caractérise la mélancolie, nous sommes contraints à la créativité » (Cyrulnik B. La nuit, j’écrirai des soleils, Odile Jakob 2019).
Cette contrainte je l’ai ressentie après le décès de mon père, un « sage » qui évoquait avec poésie sa jeunesse dans les alpages, la vie simple et rustique qui était la sienne et les croyances ancestrales qui imprégnaient le monde paysan d’alors. Avec sa disparition s’éteignait tout un univers et j’ai essayé d’en conserver la trace dans mon premier recueil de nouvelles : À fleur de nuage (2013).
Et puis il y a le plaisir ! Plaisir de contempler la page blanche, prometteuse de surprises, plaisir de tenir plume ou stylo entre les doigts, plaisir d’inspirer l’odeur du papier… Autant de plaisirs supplantés parfois par le recours à l’ordinateur !
Enfin il faut aussi surmonter des blocages liés à un sentiment d’incapacité et d’usurpation. Comment oser empiéter sur un domaine réservé à de grands noms, à des génies de la littérature ? Peut-être en se souvenant de ces mots de Schiller : « car tous (les hommes) sont égaux devant la beauté et peuvent, au même titre, y participer ».